Les artisans d'ethnies minoritaires de Beijing

Entendu sur Radio Chine Internationale le 18 mai 2005
 
Beijng est une ville qui a une longue histoire et une culture riche. Beaucoup d'artisans y fabriquent des objets artisanaux traditionnels comme des cerf-volants, des raisins en verre, des figures d'argile, etc.... Ces artisans sont en général issus d'ethnies minoritaires.

Aujourd'hui, nous allons vous présenter certains d'entre eux. C'est le sujet de notre émission de cette semaine.
Le printemps à Beijing est un moment idéal pour faire du cerf-volant. Sur la fameuse place Tian'an men, on peut en voir partout : dans les parcs, les terrains vagues, les quartiers d'habitation... Ces cerfs-volant ont des formes variées : hirondelles, papillons, aigles, dragons, etc...

En Chine, on fait du cerf-volant depuis plus de 2000 ans. Pour les Pékinois de souche passionnés, le "Fengzheng Ha" représente la Rolls Royce des cerfs-volant. "Fengzheng" siginifie "cerf-volant" en chinois. Ha désigne le nom de famille de ces fabricants issus de l'ethnie Hui. Leur réputation n'est plus à faire. Faits de soie et décorés de dessins vivants et exquis, les cerfs-volant de la famille Ha sont célèbres pour leur qualité et finesse.
M. Ha Yiqi, 4e du nom, nous a raconté justement l'histoire de sa famille. Ecoutons-le :

" Notre famille fabrique des cerfs-volant depuis le règne de l'empereur Guangxu, il y a plus de 160 ans. Au tout début, nos ancêtres habitaient dans la province du Hebei, au nord-est de la Chine, dans un endroit où les Hui étaient concentrés. Mon arrière-grand-père, la première génération de fabricants de cerfs-volant dans la famille, a fait les ébauches. Puis mon grand-père a ouvert le premier magasin de cerfs-volant. Depuis, notre famille vit de la fabrication et de la vente de cerf-volants."
En 1915, lors de l'exposition internationale de Panama, quatre des cerfs-volant de la famille Ha en formes de papillon, libellule, phénix et grue ont remporté le second prix.

Ha Yiqi a appris à faire du cerf-volant, à 10 ans, auprès de son père. Différent des trois générations précédentes, Ha Yiqi a voulu concilier techniques traditionnelles et modernisme pour donner un bel avenir aux cerfs-volant des Ha.


En dehors des cerfs-volant, on trouve à Beijing des objets d'art purement décoratifs comme les fleurs en soie, les figures d'argile, en farine, les raisins en verre etc... Ces derniers sont typiques de Beijing. On fait d'abord fondre du verrre puis on en forme des grappes en soufflant dans un tube. Une fois peintes, on rajoute des grains, un cep et des feuilles de vigne, puis on glace le tout. De couleurs violette, verte ou les deux, ces grappes de raisin vernies ont de beaux grains charnus et cristallins sur lequels perlent quelques gouttes de rosée. Ces objets ressemblent à s'y méprendre à de vrais fruits.
La famille Chang est réputée pour la finesse de ses grappes de raisin. A l'origine, cette famille mongole tenait une fabrique d'articles en verre. Les raisins violets en verre étaient leur spécialité. Il y a une centaine d'années, durant la dynastie Qing, après avoir vu les oeuvres des Chang, l'impératrice douairière Cixi a décidé d'apposer une enseigne à la fabrique sur laquelle on pouvait y lire : " Putao Chang ". " Putao " en chinois signifie " raisin ".

Avec l'évolution de la société, les métiers artisanaux traditionnels sont amenés à disparaître. En effet, le plus souvent, ils se transmettent de génération en génération, et seule une personne par famille connaît les méthodes de fabrication. Ces métiers finissent par tomber dans l'oubli.

Ecoutons ce que le secrétaire général de l'Association des artisans traditionnels de Beijing, Yu Zhihai, nous a confié, pour justement pallier ce problème :
"Nous organisons des expositions, des forums et des conférences. Nous procédons à des échanges avec les pays étrangers pour protéger les arts folkloriques. Beijing accorde de plus en plus d'importance à ce domaine. Et nous, à la formation des jeunes artistes. "


Grâce aux efforts collectifs, beaucoup de métiers artisanaux ont pu être protégés, comme les raisins en verre de la famille Chang. Actuellement, de nombreux professionnels transmettent leurs connaissances à des apprentis. C'est dans les mains de ces derniers que repose la survie de ces petits métiers d'artisanat.


Ha Yaqi, 4e génération de fabricants de cerfs-voalnt, en est conscient. Il a envie de transmettre ce qu'il a appris. Comme il nous l'explique au micro de RCI. Ecoutons-le :
" J'en apprends tous les jours. Plus tard, je résumerai dans un livre toutes les techniques et les expériences léguées par nos ancêtres. C'est mon devoir que de laisser une petite fleur de l'artisanat aux générations futures. "

Les temps changent, tout comme Beijing. Mais l'envie de préserver ces vieux métiers restera elle, intacte.